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  • : Un blog (de plus) pour faire part de mes réflexions sur Wikipédia et ce qui l'entoure. Publié à intervalles (très) irréguliers par @AdrienneAlix Les billets de ce blog sont publiés sous licence Creative Commons CC-BY-SA

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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 21:14

Depuis deux jours, le web (et notamment le web « culturel », mais pas seulement) s'enthousiasme pour le dernier-né des projets développés par Google, Google Art Project.

 

Le principe est compréhensible facilement : Google Art Project, sur le modèle de Google Street View, permet de visiter virtuellement des musées en offrant aux visiteurs une vue à 360°, un déplacement dans les salles. On peut aussi zoomer sur quelques œuvres photographiées avec une très haute résolution et pouvoir en apprécier tous les détails, certainement mieux que ce qu'on pourrait faire en visitant réellement le musée.

 

Et donc, tout le monde s'extasie devant ce nouveau projet, qui permet de se promener au musée Van Gogh d'Amsterdam, au château de Versailles, à l'Hermitage, à la National Gallery de Londres, etc.

En effet c'est surprenant, intéressant, on peut s'amuser à se promener dans les musées.

 

En revanche, au-delà de l'aspect anecdotique et de l'enthousiasme à présent de rigueur à chaque sortie de projet Google, j'aimerais pointer quelques petits points, qui peuvent paraître pinailleurs, mais qui me semblent importants.

 

1- d'une part, la qualité n'est pas toujours là. Vous pouvez en effet vous promener dans le musée, mais ne comptez pas forcément pouvoir regarder chaque œuvre en détail. On est dans de la visite « lointaine », un zoom sur une œuvre donnera quelque chose de totalement flou. Les deux captures d'écran ci-dessous sont, je pense, éloquentes.

 

Image 1

 

Image 2

 

 

 

2- Google rajoute une jolie couche de droits sur les œuvres qui sont intégrées dans ces visites virtuelles. Une part énorme de ces œuvres est dans le domaine public. Pourtant, les conditions générales du site Google Art Project sont très claires : cliquez sur le « Learn more » sur la page d'accueil. Vous verrez deux vidéos expliquant le fonctionnement du service, puis en descendant, une FAQ. Et cette FAQ est très claire :

 

 

Are the images on the Art Project site copyright protected?

 

Yes. The high resolution imagery of artworks featured on the art project site are owned by the museums, and these images are protected by copyright laws around the world. The Street View imagery is owned by Google. All of the imagery on this site is provided for the sole purpose of enabling you to use and enjoy the benefit of the art project site, in the manner permitted by Google’s Terms of Service.

The normal Google Terms of Service apply to your use of the entire site.

 

 

On y lit que les photos en haute résolution des œuvres d'art sont la propriété des musées et qu'elles sont protégées par le « copyright » partout dans le monde. Les images prises avec la technologie « street view » sont la propriété de Google. Les images sont fournies dans le seul but de nous faire profiter du Google Art Projetc. Et on nous renvoie vers les conditions générales de Google.

 

En gros, vous ne pouvez rien faire de ce service. Vous pouvez regarder, mais pas toucher.

 

3 - D'ailleurs vous ne pouvez techniquement pas faire grand chose de ces vues. Y compris les vues en très haute définition. Effectivement le niveau de détail est impressionnant, c'est vraiment une manière incroyable de regarder une œuvre. Mais après ? Vous pouvez créer une collection. Soit, je décide de créer une collection. Pour cela il faut que je m'identifie avec mon compte google (donc si vous n'avez pas de compte google, c'est dommage pour vous, et si vous vous identifiez, cela fait encore une donnée sur vous, votre personnalité, que vous fournissez à Google. Une de plus). Je peux annoter l'œuvre (mettre un petit texte à côté, sauvegarder un zoom, etc). Que puis-je faire ensuite ? Et bien, pas grand chose. Je peux partager sur Facebook, sur Twitter, sur Google Buzz ou par mail.

Mais en fait, je ne partage pas réellement l'œuvre, je partage un lien vers ma « collection ». C'est à dire que jamais, jamais je ne peux réutiliser cette œuvre en dehors du site.

 

Donc si par exemple je suis professeur d'histoire ou d'histoire de l'art, je suis obligée de faire entrer mes élèves sur ce site pour leur montrer l'œuvre, je ne peux pas la réutiliser à l'intérieur de mon propre cours, en l'intégrant totalement. Ni pour un exposé. Je ne peux pas télécharger l'œuvre. Qui pourtant est, dans l'immense majorité des cas, dans le domaine public. Il faut donc croire que la photographie en très haute résolution rajoute une couche de droits sur cette photo, ce qui pourrait se défendre, pourquoi pas, mais aujourd'hui ça n'est pas quelque chose d'évident juridiquement.

 

Vous me direz qu'après tout, cela résulte de partenariats entre des musées et Google, ils prennent les conditions qu'ils veulent, c'est leur problème, on a déjà de la chance de voir tout cela. Ok. Mais ce n'est pas la conception de partage de la culture que je défends.

 

Je me permettrai de rappeler que, en tant que wikimédienne, et défendant la diffusion libre de la culture, je suis attachée à la notion de « domaine public ». Au fait que, passé 70 ans après la mort d'un auteur, en France et dans une très grande partie du monde, une œuvre est réputée être dans le domaine public. Et donc sa diffusion peut être totalement libre. Sa réutilisation aussi, son partage, etc.

 

Les wikimédiens passent énormément de temps à prendre de belles photographies de ces œuvres pour les mettre librement à disposition sur Wikimedia Commons et permettre à tous de les réutiliser. Il est souvent difficile de faire admettre aux musées qu'il est bon de permettre cette très large diffusion de la culture. Les choses changent peu à peu, le dialogue s'engage ces derniers temps, et c'est une très bonne chose. Nos points d'achoppement avec les musées tiennent souvent à la crainte de « mauvaise utilisation » des œuvres, le domaine public leur fait peur parce qu'ils perdent totalement le contrôle sur ces œuvres (notamment la réutilisation commerciale). Ils discutent cependant avec nous parce qu'ils ont conscience qu'il est impensable aujourd'hui de ne pas diffuser ses œuvres sur internet, et Wikipédia est tout de même une voie royale de diffusion, par le trafic énorme drainé dans le monde entier (pour rappel, plus de 16 millions de visiteurs unique par mois en France, soit le 6e site fréquenté).

 

Quelle est ma crainte ? Que ces musées qui commencent timidement à ouvrir leurs portes et se lancent avec nous en faisant confiance, en prenant le pari de la diffusion libre de contenus dans le domaine public, se replient sur une solution verrouillée comme celle proposée par Google Art Project, où l'internaute ne peut absolument pas réutiliser les œuvres ainsi montrées. On visite, on ne touche pas. On ne s'approprie pas. On est spectateur, et c'est tout. Je crains que par envie de contrôle de l'utilisation des reproductions d'œuvres conservées dans les musées, la notion de domaine public recule.

 

Alors certes, la technologie est intéressante, le buzz est légitime, l'expérience de visite est plaisante. Mais au-delà de cela, est-ce vraiment une vision moderne et « 2.0 » du patrimoine qui est donnée ici ? Je ne le pense pas. J'ai même une furieuse impression de me retrouver dans un CD-ROM d'il y a 10 ans, ou dans le musée de grand-papa.

 


Pour terminer, je vous invite à aller vous promener sur Wikimedia Commons, dans les catégories concernant ces mêmes musées. C'est moins glamour, pas toujours en très haute résolution, mais vous pouvez télécharger, réutiliser, diffuser comme vous voulez, vous êtes libres...

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/35/Antonio_Pollaiuolo_005.jpgPortrait de jeune femme, Antonio Polaiolo, fin XVe siècle, MoMa

télécharger librement...)

 

 

Au cas où il serait nécessaire de le préciser : je m'exprime ici en mon nom personnel, et uniquement en mon nom personnel. Les opinions que je peux exprimer n'engagent en rien l'association Wikimédia France, qui dispose de ses propres canaux de communication.

Par Serein - Publié dans : Coup de gueule - Communauté : Autour de Wikipédia
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Commentaires

Le rève... ça serait définitivement le contenu de Commons avec le contenant de Google.

Soyons franc : lorsque tu montres, dans le même billet, l'interface de Google avec une véritable visite virtuelle du musée et une catégorie de Commons avec des miniatures de photos rangées les unes à côté des autres sans aucune mise en forme, il n'est pas très difficile de comprendre quelle solution va préférer le pékin moyen (qui se fout des droits d'auteur comme de sa première chaussette).

À mon avis, il devient indispensable de penser à une nouvelle interface pour Commons. MediaWiki n'est déjà pas idéal pour gérer des textes, mais c'est une véritable catastrophe pour les images. Et tant qu'on ne pourra pas offrir une interface un peu plus "sexy" aux utilisateurs, je doute que ce média ne prenne l'importance qu'il devrait.

... et tout ça avant même la première tasse de café matinale.

Commentaire n°1 posté par Manoillon le 04/02/2011 à 07h48

Et bien je ne suis pas tout à fait d'accord avec Manoillon. Certes l'interface de Commons est spartiate, et elle pourrait être améliorée, mais cle de google est juste stupidement inutile.

Je reste persuadé que la plupart des gens aiment être efficaces quand ils font quelque chose. Or, essayer de naviguer dans un pseudo musée 3D reste bien moins efficace que d'utiliser une page web.

Je me souviens très bien des remières tentatives de web 3D au début du siècle, puis de l'engouement pour second life et à chaque fois le résultat est le même : la navigation est tellement moins facile qu'on arrête de s'en servir. Il ne faut pas confondre poudre aux yeux et ergonomie.

Rien que pour ça, à mon avis, Google Art Machin ne mérite pas autre chose qu'une inévitable mort clinique.

Commentaire n°2 posté par nojhan le 04/02/2011 à 11h09

Et bien rien n'empêche de récupérer les oeuvres du domaine visibles sur Google Truc public pour les mettre sur Wikimedia Commons.

Je rappelle que dans le droit américain, une reproduction photographique fidèle d'une oeuvre 2D du domaine public n'est pas éligible à la protection intellectuelle.

http://en.wikipedia.org/wiki/Bridgeman_Art_Library_v._Corel_Corp.

D'ailleurs, certains ce sont déjà mis au travail :

http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Google_Art_Project


Cordialement

Commentaire n°3 posté par Koko90 le 04/02/2011 à 11h40

Juste un truc. Je suis d'accord avec toi sur le fond, et même sur tout, en fait. Mais je pense que dire que "Google rajoute une jolie couche de droits sur les oeuvres qui sont intégrées dans ces visites virtuelles" est un raccourci un peu facile.

Google explicite ses propres droits (la technologie Streetview). C'est leur prérogative et leur droit. En revanche, je pense que Google ne fait que recracher ce que les musées leur ont probablement dit, à savoir "ces oeuvres sont protégées par le "copyright"". Ce n'est pas Google qu'il faut incriminer ici, à mon avis, mais bien les musées qui s'arrogent des droits sur le bien public. Google ne fait sans doute que retransmettre cette demande des musées. 

Donc on peut juger Google pour n'avoir pas creusé cette histoire de droits, et leur en vouloir pour cela, mais je ne pense pas qu'ils soient coupables de "rajouter une couche de droits". Ils ne s'arrogent quant à eux aucun droit sur le contenu, mais seulement sur le contenant.

Commentaire n°4 posté par notafish le 06/02/2011 à 16h24

Franchement je ne sais pas. Parfois les musées sont d'une ignorance incroyable sur le droit d'auteur...

Réponse de Serein le 08/02/2011 à 11h48

@Serein Tu avoueras quand même que leur ignorance penche très rarement du côté du domaine public. ;). Mon commentaire avait pour but de soulever justement cette ignorance, pas vraiment de défendre Google, qui s'en fait de toutes façons le porte-parole sans se poser de question.

Commentaire n°5 posté par notafish le 08/02/2011 à 12h47

Tu n'es pas seul à t'être posé la question, et j'ai personnellement téléchargé l'intégralité des oeuvres disponibles sur GAP, ça prends un peu de temps mais c'est sympa :)

J'ai mis à disposition mon script permettant de télécharger une oeuvre sur mon blog : http://blogs.kd2.org/bohwaz/?2011/02/02/356-telecharger-les-oeuvres-de-google-art-project

Commentaire n°6 posté par bohwaz le 08/02/2011 à 13h06
Commentaire n°7 posté par bohwaz le 08/02/2011 à 13h06

Juste une chose par rapport aux droits : photographier une oeuvre d'art en haute résolution, ça prend du temps, ça demande du matériel et ça nécessite un photographe talentueux qui sait ce qu'il fait. C'est justement ça qui est protégé par un copyright.

Je suis bien conscient que la culture doit être diffusée, mais un musée doit conserver toutes les oeuvres qu'il a acheté, une oeuvre coûte cher en restauration/stockage/entretien, et je ne pense pas que les prix d'entrée à un musée et que les dotations de l'état puissent couvrir toutes ces dépenses.

C'est là tout le souci du numérique, les coûts de productions sont très faibles à première vue, mais si on creuse, il y a beaucoup de choses cachées qui peuvent alourdir la note.

Mais j'avoue qu'une option d'exportation en basse def pour faire des présentation, ça ne serait quand même pas mal...

Commentaire n°8 posté par Sam le 08/02/2011 à 15h14

Bonjour

Je comprends votre argument, mais je ne suis pas sûre d'être d'accord avec :-)

Prendre une photo, en haute, très haute ou moyenne résolution, pour qu'elle soit exploitable, ça demande toujours du temps, du matériel (donc de l'argent) et du talent. Ce n'est pas pour cela que cela redonne des droits d'auteur à celui qui la fait. On ne peut pas considérer (et d'ailleurs la loi ne le fait pas) que le coût d'entretien d'une œuvre lui "rajoute" des droits. Conserver une mosaïque du Ve siècle, ça coûte de l'argent, pour autant la mosaïque est dans le domaine public. Les problèmes de financement des musées n'ont pas à rentrer en ligne de compte, c'est un problème politique.

C'est comme si vous estimiez que le travail de numérisation et de correction des œuvres dans le domaine public que les wikimédiens mettent en ligne sur Wikisource leur rajoutait une couche de droits. Non, ce n'est pas le cas.

D'ailleurs la jurisprudence va dans ce sens globalement : une reproduction photographique fidèle, sans interprétation, d'une œuvre tombée dans le domaine public, ne crée pas de droits nouveaux. Tout du moins pour les œuvres en 2 dimensions (les tableaux ou les photographies anciennes). Pour les œuvres en 3 dimensions (statues) c'est moins clair. Pour la très haute définition comme utilisée par Google pour ce projet, je crois que les choses ne sont pas encore claires (c'est pour cela que j'ai dit dans mon billet que ça se discutait). En témoigne l'affaire wikipedia c. National Portrait Gallery très bien expliquée ici : http://scinfolex.wordpress.com/2009/07/30/le-domaine-public-en-partage-a-propos-de-laffaire-wikipedia-c-national-portrait-gallery/

Réponse de Serein le 08/02/2011 à 22h48
Google a de ses raisons pour bloquer ces œuvres car aujourd'hui tout est possible de gerer une copie,alors il veut les proteger!!!! Mais je trouve que wikimedia a sa manière de faire marcher ses travaux ou pour avoir plus de visiteurs alors il donne le droit.
Commentaire n°9 posté par informatique lausanne le 09/06/2011 à 15h23
Personne n’a jamais pensé à résoudre ce problème, jusqu’ici rien à changer toujours avec le même type de photo.
Commentaire n°10 posté par tutoriel java le 30/06/2011 à 08h04
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