Les étudiants et le plagiat

Publié le par Serein

Aujourd'hui sur le Bistro de Wikipédia, un lien est donné vers une étude sur le comportement des étudiants sur internet, et notamment sur la question du plagiat. L'étude est téléchargeable ici.

L'étude a été faite, dans sa partie française, parmi des étudiants de l'institut d'économie et de management de Nantes. D'après le site de cette école, il s'agit en gros du regroupement des UFR d'économie, de gestion et d'administration des entreprises. Elle porte sur un échantillon de presque 300 étudiants. L'intéressant est que l'étude compare ce que disent les étudiants de leurs pratiques, et ce que les professeurs imaginent des pratiques de leurs étudiants.

En résumé, les étudiants travaillent beaucoup à partir de données qu'ils trouvent sur internet (90%). Cela n'empêche pas  70% d'entre eux d'aller également en bibliothèques, et de consulter les autres sources classiques pour ce genre d'études : journaux, revues, publications de chercheurs, bases documentaires.
Chose étonnante, les enseignants pensent que leurs étudiants pratiquent tous la recherche sur internet, et que seulement 66% d'entre eux travaillent en bibliohèques. De manière générale, les enseignants sous-estiment la variété des supports de documentation de leurs élèves : ils pensent que seulement 16% d'entre eux consultent des revues (37% selon les étudiants), et qu'ils ne cherchent que peu dans les travaux des chercheurs (8%) alors que les étudiants déclarent être 18% à le faire.

C'est intéressant, parce que cela dénote déjà un décalage entre les enseignants et leurs étudiants. C'est embêtant parce que cela veut dire que les sources des étudiants ne sont pas clairement identifiées, et que les enseignants ne leurs demandent sans doute pas de façon systématique de justifier leurs contenus. Alors que plus loin, les étudiants déclarent à leur quasi-totalité citer leurs sources en bibliographie. Et que les enseignants pensent que non. Il y a sans doute un souci d'identification des sources pour ces étudiants. Ou alors un problème de vocabulaire entre enseignants et étudiants.

La suite de l'étude est tout aussi intéressante. Là encore, il y a une distance entre ce que déclarent faire les étudiants, et ce que pensent les enseignants. Si les étudiants pensent à une très grande majorité (80%) citer correctement leurs sources, les enseignants sont nettement plus partagés. Là encore, il y a un souci de méthodologie : soit les étudiants sont auto-satisfaits, soit on ne leur dit pas qu'ils ne travaillent pas correctement, soit les enseignants pensent que de toutes façons les étudiants ne sont pas capables de faire correctement les choses (j'ai connu des enseignants comme ça, assez méprisants envers leurs étudiants. Heureusement ils sont rares).

Là où l'explication arrive peut-être, c'est quand plus de la moitié des étudiants s'estiment mal formés à la recherche documentaire (51%) alors que 66% des enseignants pensent que les étudiants sont correctement formés. Forcément, dans ces cas-là il risque d'y avoir incompréhension. En même temps, étudiants et enseignants s'accordent à dire que la formation est nécessaire.

Passons maintenant à l'utilisation de la recherche sur internet. C'est son côté pratique et foisonnant qui prime, pour les étudiants. Ils ne sont que 8% à y voir des sources de qualité. On n'est donc pas dans une acceptation bête de l'internet comme parole d'Évangile, comme pourtant le proclament les pourfendeurs du net. D'ailleurs les enseignants identifient assez bien l'opinion de leurs étudiants à l'égard d'internet. Et pourtant, internet reste la source privilégiée de recherche. En moyenne, les sources provenant d'internet représentent plus de 57% des sources des étudiants. Il y a donc une flemme assumée des étudiants ? On sait que c'est de moyenne qualité, mais tant pis, ça va vite alors on prend ?

En ce qui concerne le plagiat de citations trouvées sur le net, les étudiants déclarent que 20% de leurs travaux en contiennent. Les enseignants sont plus sévères et estiment cette part à près de 30%. Le copier-coller est estimé à 11% du volume du devoir pour les étudiants, 18% pour les enseignants. Ces derniers considèrent donc que la pratique du copier-coller est importante chez les étudiants (83%) alors que les étudiants pensent que c'est assez rare (62%)

83% des étudiants justifient ces pratiques par "le goût de la facilité". On a donc affaire à une question d'éducation au travail et à la recherche plus qu'à une pratique entrée dans le code "moral" des étudiants : ils savent que ça n'est pas bien. On peut donc espérer qu'ils cesseront lorsqu'ils auront compris l'intérêt d'une véritable recherche.

La suite de l'étude est une comparaison entre tous ces résultats. Il faut signaler que le client de l'étude est une boîte qui vend... des logiciels anti-plagiats. Les étudiants sont donc présentés (un peu trop souvent à mon goût) comme minimisant volontairement leurs pratiques de plagiat. Ce qu'il serait intéressant de savoir, c'est quelles étaient les pratiques des étudiants lorsqu'il n'y avait pas internet. Lorsqu'ils pouvaient recopier les livres à la BU, avec infiniment moins de chance que l'enseignant retrouve la source (mais tout autant de risques qu'il identifie un plagiat, j'ai des souvenirs de ça en tant qu'étudiante, même si - of course - jamais je ne me suis compromise dans le plagiat ^^)

Pour avoir enseigné quelques années, et surtout en première année de fac, lorsque les étudiants "débarquent", j'ai bien sûr été confrontée au plagiat. C'est parfois tellement évident que c'en est risible. Dans ces cas-là, c'est assez facile finalement de reprendre l'étudiant et de lui faire comprendre (par une sanction de note éventuellement) qu'il n'arrivera à rien comme ça, ni à berner ses profs, ni à avancer dans ses études. Mais tous les étudiants ne fonctionnent pas ainsi : certains n'ont tout simplement pas la méthode pour reformuler intelligemment ce qu'ils trouvent. C'est comme pour les commentaires de documents en lycée : les élèves paraphrasent les textes parce qu'ils n'ont pas l'agilité intellectuelle pour s'approprier les informations. Que ça soit par manque de formation ou tout simplement par manque de maturité intellectuelle (ça n'est pas un exercice facile).

Et Wikipédia dans tout ça, alors ? Bah oui, pourquoi parler de cette étude dans un blog consacré à WP ? Tout simplement parce que Wikipédia est régulièrement accusée de favoriser le plagiat chez les étudiants. On devrait donc faire vraiment attention à ce qu'on écrit si on est autant plagié...
Parce que si les étudiants plagient sur le net, je doute que ça soit sur WP, qui n'est clairement pas en mesure de répondre qualitativement à leurs besoins (je ne dirais pas la même chose pour les élèves du secondaire).
Parce que si Wikipédia est un problème, alors tout internet est un problème. Et qu'il faudrait peut-être s'attacher très sérieusement à former les étudiants à la recherche documentaire de qualité, plutôt que de se lamenter sur leurs mauvaises habitudes.

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inisheer 20/08/2008 19:34

Quand Internet et WP n'existaient pas, on n'attendait pas pour autant les bras croisés avant d'aller au moindre effort: on recopiait des pavés de textes pompés dans des bouquins de la bibliothèque et roule ma poule. C'était à la fois plus facile et plus compliqué pour les profs: il fallait un peu plus d'un clic-droit pour débusquer les plagiats, mais en même temps, le nombre d'ouvrages qui traitaient du sujet à la biblio était limité. Pour les étudiants, ça permettait au passage de savoir si le prof connaissait le sujet ou s'il était en panne d'imagination. Pour ce qui est de la proportion de sources Internet employées, je reconnais y avoir fait largement recours, surtout parce que j'avais le chic de choisir des sujets à la con où les sources papier étaient soit inexistantes (brevets logiciels, commerce électronique), soit inaccessibles depuis le pays des vaches (la piraterie dans le droit maritime contemporain). Pour les Chevaliers paysans de l'an mil au lac de Paladru, il en aurait probablement été autrement.

Jean-no 19/08/2008 00:00

Mes deux centimes sur le sujet : http://www.hyperbate.com/dernier/?p=392

Barraki 28/06/2008 12:41

Avant Wikipédia, les profs devaient fouiller tout l'internet pour trouver quel site leurs élèves avaient plagié. Maintenant, il n'y en a plus qu'un à vérifier. C'est quand même un sacré progrès dans la lutte anti-plagiat.

Oxo 27/06/2008 08:53

Parce qu'il y a un intêret à une véritable recherche ? o_O

Serein 27/06/2008 11:05



Non, la recherche ça ne sert à rien bien sûr, mais on fait comme si ;-)